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Docteur Strangelove Décédé(e)

Nombre de messages: 41 Date d'inscription: 01/05/2007
 | Sujet: Eclosion Mer 19 Déc - 15:53 | |
| EclosionLa nuit avait fini par engloutir les dernières lueurs du jour dans un ultime assault vorace, abaissant avec virulence la température qui n'était déja guère élevée pendant la journée. Dans le froid glacial, l'immensité désertique s'étendait, révélant à la lune insouciante sa somptueuse robe aqueuse, trop souvent maculée d'urine, de sang séché, et de corps en décompositon. Même certains corps en mouvement, de simples organismes reconnus par leurs paires comme des référence en matière de beauté, ou, tout du moins, d'attractivité, venaient lacérer à coups de cutter bien placés l'un des plus somptueux et vierges visages de Dame Nature. Nous étions à l'époque de l'adolescence. Hélas, ce n'était pas le printemps. Les bourgeons pouvaient bien attendre.
L'un des parasites en question, pour le moins singulier, avait depuis bien longtemps troqué son acné contre des cheveux blancs. Tronant fièrement sur son fauteuil déglingué, le vieux attendait le retour des beaux jours tout en tripotant avec anxiété les roues de son fabuleux carosse. Son engin devait pourtant prendre son mal en patience, car la cité tant attendue, qui permettrait à sa machinerie jadis rutilante d'acquérir une nouvelle fierté, n'était plus très loin. Facile à dire, quand l'on est sans arrêt vissé sur une chaise, au dessus du plus extraordinaire(ment dangereux) des mécanismes à l'uranium que le monde avait jamais connu.
Et ce soir, le Docteur Strangelove était particulièrement inquiet: son fameux carnet, ou plutôt, la chère et tendre compagne, celle qui avait accompagné toutes ses fabuleuses nuits post-apocalyptiques, son ultime objet d'auto-jouissance, avait pour ainsi dire disparu. Les recherches ardies qu'il avait menées n'avaient abouti à rien. Désespéré, il s'en était remis à l'une des grotesques trouvailles entassées dans le large sac de toile brun: une araignée, grosse comme un poing d'enfant, prisonnière d'un bocal à la propreté tout à fait relative. Betty se portait plutôt bien, elle était en pleine santé même, grâce à la bonne mais douteuse alimentation que lui donnait avec soin son maitre handicapé. Strangelove avait constaté avant le départ de l'oasis (lieu où il avait capturé non sans quelques péripéties rocambolesques sa dangereuse prisonnière) qu'elle avait subtilement changé de couleur. Cette petite trouvaille - qui n'en était pas vraiment une puisque la pauvre bête n'avait en fait jamais vu sa teinte se modifier - procura tant de plaisirs à Strangelove qu'il ne put s'empêcher de se masturber, à l'abri des regards, non sans avoir pris ses précautions: une petite géllule rose pour le coeur, une blanche pour le triste sire qui pendait mollement le long de ses cuisses, un minuscule "R.i.c.o.l.a" pour la tête et les yeux et voilà que l'affaire était belle et bien conclue. Mais ne nous attardons plus sur les ébats égoïstes de cette vieille branche raccornie et revenons à ce qui intéresse vraiment le lecteur endormi: Betty.
Cette nuit là, Betty retrouva sa liberté. Elle hésita un temps avant de sortir de son antre, désormais grande ouverte, puis ses pattes velues finirent par quitter le contact du verre pour se retrouver sur ce qui s'avérait être le short violet de Strangelove, qu'il avait revêtu depuis peu. Cela semblait être une coutume chez lui de revêtir ce grotesque accoutrement - le lecteur avisé se rappellera non sans mal qu'il n'est pas question ici d'un simple short, mais que le tout ne serait rien sans cette fantastique chemise hawaïenne aux couleurs exotiques et ce bandana à damier pour le moins fabuleux - quand la température dégringolait aux alentours de 0°C.
L'arachnide allait elle retrouver le confort douillet du nid que lui avait confectionné son maitre, ou allait elle se risquer à survivre seule dans un monde terrible?
La réponse lui vint directement sous la forme d'une paume contre son abdomen. Telle une Bombe Nucléaire s'abattant sans vergogne sur l'Humanité, la main de Strangelove exerça une telle pression que la pauvre petite vit son tronc exploser, non sans laisser d'horribles traces noires et gluantes sur le pantalon de sa Némésis.
Mais alors que Strangelove se préparait à savourer cette sinistre victoire, une voix s'éleva dans la nuit. D'abords confuse, elle se fit de plus en plus distincte après quelques secondes de babillages incessants. Vieille charogne, putain de fou furieux de merde, mais je rêve! C'est bien ma veine, nom de dieu de merde!A suivre... |
|  | | Docteur Strangelove Décédé(e)

Nombre de messages: 41 Date d'inscription: 01/05/2007
 | Sujet: Re: Eclosion Dim 13 Jan - 15:45 | |
| Une jeune femme alanguie au milieu d'une immense prairie verdoyante. Sentir le vent sur son corps. Sur ses jambes. Bander. Rester en vie. Marcher. Strangelove se réveille péniblement de ce doux rêve, bref, magnifique, intense, un peu comme une série d'orgasmes en accéléré qui nous tomberaient dessus par hasard. Encore tout haletant, il se sent pousser des ailes, et il sait pertinemment qu'il n'est pas très loin d'un aboutissement. Le bonheur arrivera enfin à portée de main et l'emmènera avec toute la tendresse du monde dans le pays des orgies, là où les brillants handicapés comme lui sont pris en charge comme des bébés, pour l'éternité. Il se décide enfin à ouvrir les yeux, afin de voir à quoi ressemble vraiment le paradis: une ampoule nue, suspendue à un plafond oscillant entre le grisâtre et le jaune pisseux. Il se dit alors que Jésus ferait mieux d'arrêter sa partie de base-ball et de ramener au plus vite sa sale tronche d'hippie dans le coin. Et dire que sa putain de mère était catholique. Le monde ne tournait pas rond, décidément. Quoi qu'il en soit, des satanés suppôts du Seigneur lui maintiennent la tête dans une position très inconfortable, et, bien qu'il a été souvent tête en l'air dans sa misérable existence, il aimerait bien qu'on lui réserve un autre paysage que ce sordide mélange de béton et de verre. « Je crois que notre cher ami vient d'émerger... Bien, que la fête commence, après tout, nous n'attendons que vous je crois? Vos amis ne viennent pas? Non? Soit. Quoi qu'il en soit, je vous souhaite la bienvenue, Docteur Strangelove. Je tiens tout d'abords à m'excuser pour le vilain coup de matraque que vous avez attrapé. Vous n'étiez pas consentant, alors j'ai du agir par la force. Votre arme est d'ailleurs rudement efficace, Docteur Strangelove. Je ne savais pas que l'on pouvait encore trouver ce genre de merveille, à la surface. Le vieux connaît très bien cette voix. Malheureusement, même après une écoute approfondie, il n'arrive pas à lui donner une identité valable. Il sent qu'il a la réponse à portée de main...sur le bout des doigts...qu'il ne sent plus, d'ailleurs... « Docteur Strangelove, n'allez pas croire à une machination. Non, vous n'êtes pas mort, et vous n'êtes pas à la solde de petits bonhommes venus d'une autre planète. Vous me paraissez même être...en pleine santé! Et si ça ne va pas, ne vous inquiétez pas, on va s'occuper de vous comme il se doit. Vous verrez, le service est fait pour les princes... Il commence à se sentir mal. Toute cette scène, tout ce remue ménage, tout cela n'a pas été calculé. Il repense à son petit carnet noir. Il doit être enseveli sous une épaisse couche de neige maintenant. Les autres s'inquiètent peut être pour lui. Il faut partir. Par tous les moyens. « Bien. Entamons le processus d'acceuil, voulez vous. Comment vous décrire, vous, le célèbre Docteur Strangelove, génial spécialiste des bombes en tout genre, brillant médecin dans votre folle jeunesse, comment trouver les mots? Et bien, j'aimerai que quelqu'un d'autre s'exprime à ce sujet. Je crois que j'ai bien trop parlé, et que si je ne m'arrête pas, vous allez vous endormir. Vous aimez les femmes, pas vrai? Et bien attendez une seconde, en voilà une. Il ne discerne même plus le vrai du faux. Il ne sait pas s'il s’agit d'un rêve, de la réalité ou d'un délire provoqué par la trop grande absorption de drogues: il n'arrive pas à déterminer si le Docteur Stauker a réellement existé, ou s'il n'était qu'une chimère sortie tout droit de sa monstrueuse imagination. Une ombre passe devant ses yeux. Encore aveuglé par la lumière agressive de l'ampoule, il met quelques secondes avant d'identifier l'objet: c'est un crâne, un crâne humain. Un petit malin lui agite la chose sous le nez, en actionnant la mâchoire à chaque parole prononcée, comme si ce sinistre morceau de squelette pouvait encore avoir un avis sur les vivants. C'est grotesque, se dit il...et pourtant, il se sent de plus en plus mal à l'aise... « Vous êtes un sadique, voilà ce que vous êtes! Un malade mental. Il faut vous enfermer à vie, Monsieur Strangelove, vous savez ça?! Vous enfermez! Mais laissez moi me présenter. Sans mon maquillage, vous ne devez pas me reconnaître, hihihihihihihihi. Je suis Elsa, la petite française que vous avez soigneusement découpé afin d'en faire de beaux gigots. J'espère que vos amis de la surface ont apprécié. Mais dîtes moi...à combien d'orgies cannibales avez vous participées? Mais avant, champagne Monsieur Strangelove! Tout cela doit bien vous embêter. Il faut vous mettre à l'aise. Il a une furieuse envie de répondre, de hurler une dernière fois, de saisir à pleine langue le délicieux combat qu'est la joute verbale. Mais, alors qu'il ouvre la bouche, rien ne sort de ses cordes vocales. Horreur. Il referme rapidement sa cavité buccale et pince les lèvres jusqu'à ce qu'elles blêmissent. Sa grimace pitoyable n'y fera rien. Il est bel et bien coincé ici, la tête tournée vers le plafond, en compagnie d'un dangereux psychopathe qui prend un malin plaisir à le torturer, à tout petit feu. Il sent que son derniers repas ne tardera pas à remonter. Il ferme brusquement ses petits yeux plissés car le sinistre personnage est en train de lui déverser quelque chose sur le visage. Recouvert par ce liquide, il décide d'y goûter subrepticement, comme s'il se sentait coupable de quelque chose. Du sang. Il étouffe. « Làààààààààààààààà. Voilà Monsieur Strangelove. Ca va mieux comme ça? Vous pouvez vous vider en tout tranquillité maintenant. On lui met la tête en bas, et les morceaux du pauvre type assassiné par ses comparses « de la surface » ne tardent pas à être rejetés. Du sang est encore en train de couler sur le sommet de son crâne. Il dégouline lentement le long de ses tempes et finit par rejoindre la viande digérée sur le sol. Le sol. Ses yeux le fixent avec stupeur. On lui a coupé les jambes. Il n'y a plus que de misérables moignons et après, le vide. Le vide complet. Des larmes roulent sur ses joues et viennent se mélanger à la substance morte. On lui a coupé les jambes, et il ne sent rien. « Quel magnifique travail, n'est il pas, Docteur Strangelove? Oh bien sûr, avec une scie et ma compétence, le travail reste beaucoup plus barbare que le vôtre. Il lève doucement la tête, encore tout barbouillé des diverses immondices, et lance un regard apeuré vers ses mains. L'une d'elle manque à l'appel, quand l'autre ne compte plus que deux doigts. Des asticots s'agitent autour des plaies. Strangelove n'a plus rien à vomir. Dans ses sanglots de terreur, dans ses violent spasmes de dégoût, c'est la terre entière qu'il dégueule. Devant lui, se dresse le Président, un ridicule accoutrement d'infirmière sur le dos, un crâne dans une main, une chaîne dans l'autre. Au bout de celle ci, il reconnaît la petite Olga. Il lui a coupé un sein, il y a de cela très longtemps, et s'en était servi comme couvre chef pendant plusieurs jours, dans un délire sous acide où deux pauvres infirmières avaient vu arriver leurs derniers instants. Elle regarde dans le vide et balance son corps dans un mouvement perpétuel. Ses petits gémissements ont un goût de déjà vu. Mais cette fois, il a honte. Derrière eux, deux hommes attendent, caché derrière de longues capes noirs. L'un deux à une immense pince entre les bras. L'autre secoue régulièrement une cage où deux rats se disputent violemment ce qui semble être un oeil. « Bon retour au Pavillon Manucure, Strangie. |
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